Interview avec le DG de la compagnie d'assurance Axa France

directeur_generale_assurance_axa_FRANCEBonjour. Est-ce que l’assurance est ouverte à tous ? Chez Axa… Je réfléchis à la question parce que si je dis oui tout de suite, ce ne sera pas une réponse correcte. Pour faire de l’assurance, il faut un aléa. Cela signifie que le risque que nous assurons n’est pas certain ou en tout cas qu’il n’y a pas une asymétrie d’information dans l’assurance de ce risque.

De plus en plus, nous travaillons pour pouvoir assurer des gens dont l’aléa, en raison de l’état de santé ou de l’âge, est difficile à évaluer. Nous avons la chance d’être une grosse compagnie d’assurances. Nous avons un gros portefeuille. Par conséquent, il est plus facile pour nous d’avoir une dispersion de nos risques et de la typologie des risques que d’autres. Je viens de Grande-Bretagne où j’ai passé 4 ans. Si je prends l’exemple de l’assurance voyage en Grande-Bretagne, on ne peut pas assurer les gens de plus de 70 ou 75 ans. Pourquoi ? Parce que le problème, ce n’est pas la perte des valises. C’est de tomber malade de manière longue et grave aux États-Unis, par exemple. Pour une prime de 40 euros par an, nous permettons à des gens de voyager et de se faire soigner ou rapatrier en cas de problème. Plus les gens sont âgés et plus les risques de maladie aggravée sont nombreux. Pour un prix compétitif comme celui-là, nous ne pouvons pas nous permettre, sauf à renchérir le prix pour tous, d’assurer des personnes présentant ce risque.

Nous travaillons sur ces sujets-là pour étendre nos offres au maximum. Il est vrai que plus le portefeuille est gros, plus notre part de marché est importante et plus il est facile d’accepter des gens en situation difficile.

Églantine Denjoy :

Cela est lié à la mutualisation des risques ?

Nicolas Moreau :

Effectivement, c’est lié à la mutualisation des risques, mais aussi au phénomène de l’aléa. Par exemple, il n’est pas forcément évident d’accepter dans un portefeuille une personne ayant eu 4 ou 5 accidents de voiture avec un taux d’alcoolémie important. En France, la loi prévoit par l’intermédiaire du Bureau Central de Tarification un dispositif permettant aux gens présentant un risque aggravé d’être assurés. La tarification est établie par ce bureau. Si vous avez une

résidence secondaire en Corse, vous aurez du mal à trouver un assureur en Corse qui vous assure. En revanche, le BCT vous enverra vers un assureur qui prendra ce risque. Si vous êtes un médecin ayant eu un historique difficile, nous pourrons proposer à l’assureur une assurance à travers le BCT. Nous avons mis en place des mécanismes pour que cet aléa ne soit pas à la charge d’un assureur en particulier, mais pour que le risque soit partagé entre les différents assureurs dans la profession.

Concernant l’exclusion ou non aux assurances, il faut distinguer plusieurs aspects. Pour les assurances obligatoires, il existe le BCT. Pour les aspects de risques liés à la santé ou l’âge, la convention AERAS en couvre certains, mais pas tous. Il est vrai qu’il existe encore des trous dans la réglementation pour principalement des mesures d’âge. Cela touche notamment l’assurance emprunteur qui est le sujet le plus sensible, parce qu’il est lié à l’accès à la propriété, à l’emprunt pour l’habitation et touche les gens dans leur vie quotidienne.

Églantine Denjoy :

Vous avez évoqué la convention AERAS. Marie-Thérèse Hermange, sénatrice de Paris, devait nous en parler ce matin, mais elle n’a pas pu être présente. Est-ce que vous pourriez dire quelques mots sur cette convention AERAS (S’assurer et emprunter avec un risque de santé aggravé) ?

Nicolas Moreau :

Je ne suis pas forcément le plus qualifié sur ce sujet. Je connais les grands principes, mais je n’en connais pas tous les détails. Peut-être qu’un autre intervenant pourrait en parler.

Philippe Poiget : XXX

Je peux en effet dire quelques mots sur la démarche qui a été apportée pour les personnes en risques aggravés de santé dans le cadre de cette démarche conventionnelle qui a démarré en 1991, et qui a abouti à la convention AERAS en 2006. Cette convention a fortement été élargie depuis l’origine sur le champ de la couverture des risques, puisqu’au départ elle ne concernait que les personnes présentant des risques aggravés liés au sida et à l’hépatite C. Aujourd’hui, elle englobe tous les risques aggravés de santé. Par ailleurs, le champ de garantie a lui aussi évolué. Au départ, il s’agissait d’une garantie décès. Aujourd’hui, il y a une extension aux garanties indemnités. Et puis également le type de prêt a été

accru, puisqu’au départ cela ne concernait que les prêts immobiliers. Aujourd’hui, l’on trouve un certain nombre d’autres prêts. Pour vous donner une ampleur du dispositif, en 2009, les sociétés d’assurances ont reçu 3,7 millions de demandes d’assurances de prêt au titre du crédit immobilier et professionnel. 400 000 demandes présentaient un risque aggravé de santé, soit 11 % des dossiers, et près de 95 % de ces demandes ont reçu une proposition d’assurance couvrant au moins le risque de décès.

Pour les demandes d’assurance qui présentaient un risque aggravé comprenant en plus de la couverture décès une demande de couverture de perte totale et irréversible d’autonomie, 10 % des propositions des assureurs n’ont pas inclure cette couverture. Pour les autres cas, les assureurs ont accepté de couvrir cette perte totale et irréversible d’autonomie dans 45 % des cas aux conditions du contrat contre 42 % en 2008. Il s’agit bien d’une progression. Dans 41 % des cas, sans surprime, mais avec exclusion de limitation de certaines garanties, et dans 4 % avec surprime en sachant qu’il y a une prise en charge par les collectivités assureurs et des établissements de crédit. On peut ajouter que les assureurs se sont engagés dans cette démarche qu’ils soutiennent pleinement, parce qu’elle permet d’accroître l’accès aux personnes ayant des risques aggravés de santé à l’emprunt. Elle ne remet pas en cause le métier des assureurs qui est d’évaluer le risque. C’est un dispositif assez unique en Europe. Aujourd’hui, dans le cadre des travaux sur le renouvellement de cette convention, on cherche à faire connaître ce système, à en développer son utilisation, à perfectionner son mécanisme, mais également de l’élargir au niveau du tarif et du dispositif du traitement des surprimes, notamment pour les jeunes de moins de 35 ans. Enfin, je crois qu’une avancée importante sera la nouvelle garantie invalidité conventionnelle qui couvrirait l’incapacité professionnelle et un taux d’invalidité fonctionnelle au moins égale à 70 %. Cela fait partie du développement de cette convention.

Églantine Denjoy :

Merci beaucoup. Vous avez évoqué les surprimes. Certaines personnes arrivent à s’assurer, mais à des tarifs jugés prohibitifs. Comment cette tarification est-elle élaborée ?


Nicolas Moreau :

La tarification résulte d’un exercice statistique prenant en compte l’évaluation du risque. Si l’on prend l’automobile, on va regarder les séries d’accidents par personne. On va mettre chacune de ces personnes dans des segments : hommes femmes, jeunes, moins jeunes, grosses voitures ou petites voitures. Cela va nous permettre de calculer le coût du risque technique, et en moyenne le coût d’un accident pour ce segment de population. Ensuite la société d’assurances rajoute ses coûts de gestion, d’administration ainsi que sa marge pour rémunérer ses fonds propres. En additionnant ces trois éléments, nous obtenons le tarif. Jeannette parlait de son assurance auto. Il est vrai qu’une jeune femme la paiera beaucoup moins cher qu’un jeune homme. C’est l’ancienneté du contrat qui va nous permettre de déterminer la tarification. Certains critères éthiques peuvent également intervenir. Nous n’assurons pas les gens ayant des permis moto de moins de 2 ans et qui s’achètent tout de suite une 1200 cm³. Car nous considérons qu’ils ont un risque de décès assez important, et qu’il n’est pas éthique d’être complices de cela.

Églantine Denjoy :

Que faire si l’on a l’impression d’avoir été victime d’une discrimination en ce qui concerne le tarif ?

Nicolas Moreau :

On peut saisir le médiateur. Je dirais aussi que le métier des assurances est très compétitif. En ce qui concerne l’assurance auto, je pense qu’il y a une centaine d’intervenants en France. En ce qui concerne l’assurance emprunteur, il y a une bonne trentaine ou quarantaine d’intervenants. Par conséquent, il y a moyen de faire jouer la concurrence. C’est soit le médiateur, soit la concurrence qu’il faut faire jouer. Allez voir un courtier qui peut vous trouver l’offre la plus adaptée et qui peut vous proposer différents tarifs de compagnies d’assurances. Cela peut vous permettre de faire un choix ou de vous expliquer comment ce tarif est établi.

Églantine Denjoy :

Cela veut dire qu’il faut aller voir la concurrence quand on fait l’objet d’un refus.

Nicolas Moreau :

La compagnie d’assurances va avoir une stratégie commerciale qui dépend d’énormément de facteurs. Elle va dépendre de sa solidité financière. Est-ce qu’il s’agit d’une société très spécialisée sur un segment de clientèle ? Par exemple, il y a 20 ans, les Mutuelles de Niort étaient spécialisées par types de clients, des instituteurs, des artisans. Aujourd’hui, sa clientèle est plus étendue. On a aussi des assureurs qui ont une certaine capacité technique. On peut avoir des aspects de marque. Tous les assureurs ne font pas tout avec la même profondeur de marché. Lorsque vous avez des problèmes de risques aggravés, un courtier peut aider à vous orienter vers des sociétés qui sont capables ou non de vous assurer. Pour tout ce qui est spécialisé, vous devez aller voir les assureurs qui sont capables de mettre un prix correct sur ce risque. Je pense que passer par un courtier dans ces cas-là est une bonne solution.


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